MILLE FOIS LE MÊME SOLEIL
Julie Dalmon Vicky Fisher Reeve Shumacher
11 avril > 21 juin 2025
Julie Dalmon, Vicky Fischer et Reeve Schumacher ont en commun de partir du dessin pour aller vers des œuvres où la forme finale émerge de la matière elle-même. Ils partagent un trait rigoureux et une pratique répétitive où le dessin en série devient un processus méditatif. Il ne constitue pas une fin en soi, mais une étape dans la performance intime qui se joue dans l’atelier. Les labyrinthes de Schumacher se muent en talismans géants, les plantes du jardin de Fischer apparaissent dans de sombres monotypes, tandis que les corps de Dalmon épousent les accidents de ses carcasses animales. Leur geste dépasse l’intellect ou la mécanique : c’est par l’engagement du corps que passe la création.
Les matières choisies ne sont pas simplement des supports, mais des forces vivantes, chargées de sens et d’histoire. L’artiste ne s’y soumet pas, mais dialogue avec elles pour en révéler les mémoires invisibles.
Chez Fischer et Schumacher, la matière influe sur l’œuvre au-delà de l’intention. Elle résiste, oriente le processus, échappe parfois au contrôle. Les amarres de bateaux utilisées par Schumacher requièrent une implication physique totale ; son dessin mathématique cède la place aux qualités organiques de la corde. Chez Fischer, la colle à carrelage devient une pâte abrasive détournée pour produire des impressions denses et rugueuses, presque bitumeuses. L’expérimentation est constante. Les fleurs banales de son jardin de banlieue se transforment en images sombres et texturées. L’échelle disparaît, la matière domine.
Dalmon, quant à elle, travaille avec les imperfections des matériaux. Les plis des huîtres ou les crevasses d’un os fragilisé sont intégrés à son dessin. Son engagement est à la fois physique et émotionnel. Le nettoyage des os et des peaux prend la forme d’un acte cérémoniel, impliquant une connexion intime avec la matière. À travers ce geste, elle libère l’objet de son apparence initiale et offre une nouvelle forme de vie à ce qui semblait inanimé. L’os calcifié prend l’aspect d’une cire végétale, et l’omoplate de taureau devient une forme charnelle, presque sensuelle.
Chez ces trois artistes, la création est une affaire de flux et de transformation. La matière, libérée de ses fonctions premières, devient sculpture protectrice ou image reliquaire. Dalmon, Fischer et Schumacher font de l’art un acte de mémoire, parfois même un rituel, qui donne forme à ce qui échappe.
Mille fois le même soleil.